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	<title>Les Blogs LELLO</title>
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		<title>Nouvelles du front</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 02:42:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[Bonjour à tous ! Je suis absente depuis un moment, mais j&#8217;ai vraiment des problèmes avec Internet, et des soucis d&#8217;Impôts, tout ça &#8230; Oh rien de grave, mais j&#8217;ai décidé d&#8217;arrêter pour le moment les Editions. C&#8217;est à dire que je ne ferai plus de livres nouveaux pour l&#8217;instant. Je vais déjà changer de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bonjour à tous !</p>
<p>Je suis absente depuis un moment, mais j&#8217;ai vraiment des problèmes avec Internet, et des soucis d&#8217;Impôts, tout ça &#8230; <img src='http://blogs.lello.fr/wp-includes/images/smilies/icon_smile.gif' alt=':)' class='wp-smiley' />  Oh rien de grave, mais j&#8217;ai décidé d&#8217;arrêter pour le moment les Editions. C&#8217;est à dire que je ne ferai plus de livres nouveaux pour l&#8217;instant. Je vais déjà changer de statut, car l&#8217;autoentreprise n&#8217;était pas une bonne idée. Donc on se retrouve comme au début : sans rien , et surtout sans imprimeur sympa et pas cher ! </p>
<p>Par contre, je vais passer désormais par Lulu.com, pour l&#8217;impression. Pour ceux que ça intéresse, je vais ouvrir un compte à chaque auteur, y déposer les fichiers PDF, et vous transmettre à chacun le mot de passe. Vous pourrez ainsi gérer vous-même vos ventes, vos achats de livres&#8230; et récupérer les fichiers PDF afin de les transmettre à un imprimeur de votre choix si vous trouvez moins cher ! </p>
<p>Je ne vois que cette solution. </p>
<p>Je vous souhaite à tous de bonnes fêtes de fin d&#8217;année, un peu en avance&#8230; ! </p>
<p>Bises à tous ! </p>
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		<title>Les collections LELLO en ligne !</title>
		<link>http://blogs.lello.fr/blog/2010/07/les-collections-lello-en-ligne/</link>
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		<pubDate>Wed, 14 Jul 2010 17:08:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>guillaume</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[Retrouvez les collections LELLO sur le nouveau site en ligne : http://collections.lello.fr Il remplace l&#8217;obsolète editions.la-librairie.org, et il proposera, dans un deuxième temps, les livres à la vente pour les auteurs qui le souhaitent. Au final LELLO est composé de 3 sites : collections.lello.fr : la vitrine qui présente tous les livres collections.lello.fr : la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Retrouvez les collections LELLO sur le nouveau site en ligne : <a href="http://collections.lello.fr">http://collections.lello.fr</a></p>
<p>Il remplace l&#8217;obsolète editions.la-librairie.org, et il proposera, dans un deuxième temps, les livres à la vente pour les auteurs qui le souhaitent.</p>
<p>Au final LELLO est composé de 3 sites :</p>
<ul>
<li><a style="color: #008000;" href="http://lello.fr">collections.lello.fr : la vitrine qui présente tous les livres</a></li>
<li><a style="color: #800000;" href="http://collections.lello.fr">collections.lello.fr : la vitrine qui présente tous les livres</a></li>
<li><a style="color: #000080;" href="http://blogs.lello.fr">blogs.lello.fr : la communauté des lecteurs et des auteurs</a></li>
</ul>
<p>Avec un code couleur pour s&#8217;y retrouver facilement !</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Grand concours de Nouvelles</title>
		<link>http://blogs.lello.fr/blog/2010/07/grand-concours-de-nouvelles/</link>
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		<pubDate>Mon, 12 Jul 2010 09:30:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Les rencontres sont parfois surprenantes sur Internet&#8230; Je l&#8217;ai tout de suite trouvé(e) sympatique&#8230; Et pourtant&#8230;&#160;&#187; Écrivez la suite, de la manière et dans le genre qu&#8217;il vous plaira : science-fiction, polar, romance, &#8230; Laissez libre court à votre imagination. Contraintes : - Un bon français. L&#8217;argot est admis, pas le langage texto. - Longueur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<h3><img class=" alignleft" title="concours" src="http://www.ville.brossard.qc.ca/biblio/images/je_img_litterature.jpg" alt="concours" width="216" height="162" /></p>
<p>&laquo;&nbsp;Les rencontres sont parfois surprenantes sur  Internet&#8230; Je l&#8217;ai tout de suite trouvé(e) sympatique&#8230; Et  pourtant&#8230;&nbsp;&raquo;</h3>
</blockquote>
<p>Écrivez la suite, de la manière et dans le genre  qu&#8217;il vous plaira : science-fiction, polar, romance, &#8230; Laissez libre  court à votre imagination.</p>
<h3>Contraintes :</h3>
<p>- Un bon  français. L&#8217;argot est admis, pas le langage texto.<br />
- Longueur :  minimum 5 pages (si possible) en format A5, police de taille 12, pas de maximum.<br />
-Délai  : vous avez jusqu&#8217;au 1er Septembre pour faire parvenir votre nouvelle  par mail à contact@lello.fr .</p>
<p><strong>Les 10 meilleures nouvelles seront  publiées dans un recueil, qui sera édité chez LELLO. pour la rentrée.</strong></p>
<p>Règlement  complet du concours disponible !  : <a onmousedown="UntrustedLink.bootstrap($(this),  &quot;f445bNnCvSgThfcNGSkxCArdRIw&quot;, event);" rel="nofollow" href="http://lello.fr/concours-de-nouvelles-2010/" target="_blank">http://lello.fr/concours-de-nouvelles-2010/</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Nouvelle adresse pour les Blogs LELLO !</title>
		<link>http://blogs.lello.fr/blog/2010/06/nouvelle-adresse-pour-les-blogs-lello/</link>
		<comments>http://blogs.lello.fr/blog/2010/06/nouvelle-adresse-pour-les-blogs-lello/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 28 Jun 2010 11:18:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>guillaume</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[Les blogs sont désormais accessibles à l&#8217;adresse suivante : http://blogs.lello.fr Une redirection automatique depuis lello.fr est actuellement en place, mais elle ne durera pas toujours. Aussi pensez à mettre à jour vos liens et autres marque-pages. Nous sommes sur un nouveau serveur (dédié) qui fonctionne plus vite. Terminés les blocages de plusieurs secondes et autres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les blogs sont désormais accessibles à l&#8217;adresse suivante : http://blogs.lello.fr</p>
<p>Une redirection automatique depuis lello.fr est actuellement en place, mais elle ne durera pas toujours. Aussi pensez à mettre à jour vos liens et autres marque-pages.</p>
<p>Nous sommes sur un nouveau serveur (dédié) qui fonctionne plus vite. Terminés les blocages de plusieurs secondes et autres ralentissements.</p>
<p>Sans oublier une petite cure de rafraichissement, avec entres autres choses : francisation de l&#8217;interface, les menus sont à nouveau complets (notamment pour l&#8217;administration des blogs), plus d&#8217;identification qui abouti au message &laquo;&nbsp;Bye Bye Spam Bot&nbsp;&raquo;&#8230; une plate-forme qui fonctionne quoi !</p>
<p>Vous conservez bien sur vos compte, blogs, articles et autres commentaire. Votre espace personnel est augmenté à 50 Mo (faites une demande si vous avez besoin de plus <img src='http://blogs.lello.fr/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';)' class='wp-smiley' /> ).</p>
<p>Les inscriptions et la création de blog sont à nouveaux réouverts.</p>
<p>Amusez-vous bien.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>Changements pour LELLO</title>
		<link>http://blogs.lello.fr/blog/2010/05/changements-pour-lello/</link>
		<comments>http://blogs.lello.fr/blog/2010/05/changements-pour-lello/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 15 May 2010 12:40:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[Bonjour à tous. Après ces quelques mois d&#8217;interruption des activités de l&#8217;Association, pour cause de bébé,  LELLO renait sous forme d&#8217;auto-entreprise. D&#8217;une part , notre imprimeur nous laisse tomber : dépôt de bilan , ce qui me force à tout revoir, et plus vite que prévu .  Ses tarifs et sa rapidité ne se retrouveront [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bonjour à tous.</p>
<p>Après ces quelques mois d&#8217;interruption des activités de l&#8217;Association, pour cause de bébé,  <strong>LELLO renait sous forme d&#8217;auto-entreprise.</strong></p>
<p><strong></strong>D&#8217;une part , notre imprimeur nous laisse tomber : dépôt de bilan , ce qui me force à tout revoir, et plus vite que prévu .  Ses tarifs et sa rapidité ne se retrouveront pas ailleurs, surtout pour des petites commandes.</p>
<p>De plus, j&#8217;ai mûrement réfléchi et je ne peux continuer à travailler bénévolement,  ou à être sous-payée pour une activité qui me prend énormement de temps et d&#8217;énergie. Tout le monde peut le comprendre.<br />
D&#8217;autre part, l&#8217;Association doit continuer sa &laquo;&nbsp;mission&nbsp;&raquo;.</p>
<p>En conséquence:</p>
<ul>
<li>l&#8217;Association se consacrera  désormais à la création de livres pour les collèges , écoles, lycées, associations, clubs&#8230; (et conserve ses adhérents actuels jusqu&#8217;à la fin de l&#8217;année) Des tarifs réduits sur le travail de création seront appliqués.</li>
<li>l&#8217;Entreprise accompagnera tout auteur particulier dans la création de son livre, selon ses choix , du PDF à l&#8217;expédition des livres.</li>
</ul>
<p>Rassurez-vous, les tarifs LELLO pour les auteurs particuliers seront toujours beaucoup plus avantageux que chez les autres !</p>
<p><strong>Quelques nouveautés, à priori : </strong></p>
<ul>
<li>Les forfaits, du &laquo;&nbsp;basic&nbsp;&raquo; au &laquo;&nbsp;tout compris&nbsp;&raquo;.</li>
<li>La possibilité de faire imprimer son livre chez son imprimeur préféré ou bien en passant par LELLO, au choix.</li>
<li>La possibilité d&#8217;utiliser son propre ISBN ou un ISBN LELLO.</li>
<li>Le choix de la couverture :  standard selon modèles ou artistique, avec création graphique complète.</li>
<li>Le choix du format. ( j&#8217;espère ! )</li>
</ul>
<ul></ul>
<p>Encore quelques fignolages, et je vous montre tout cela !</p>
<p>Dernière chose : nous déménageons d&#8217;ici la fin du mois. Nouvelle adresse :</p>
<p style="text-align: center">LELLO</p>
<p style="text-align: center">B34,</p>
<p style="text-align: center">4, Impasse Darnalt</p>
<p style="text-align: center">47000 AGEN</p>
<p>Des changements au niveau du site Internet sont à venir très prochainement, bien-sûr&#8230; Le temps qu&#8217;on emménage.</p>
<p>Mais pas d&#8217;affolement, on ne touche pas à la plateforme de blogs, ni à vos textes !</p>
<p>Si vous avez des commandes, patientez un peu.  J&#8217;en saurai plus à la fin du mois.</p>
<p>Je vous tiens au courant.</p>
<p>Si vous avez des questions : contact@la-librairie.org ( les mails aussi vont changer bientôt )</p>
<p>Amitiés à tous.</p>
<p>Fabienne.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Jean Castelli dans l&#8217;Est Républicain.</title>
		<link>http://blogs.lello.fr/blog/2010/05/jean-castelli-dans-lest-republicain/</link>
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		<pubDate>Wed, 05 May 2010 13:23:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_205" class="wp-caption aligncenter" style="width: 920px"><a rel="attachment wp-att-205" href="http://blogs.lello.fr/blog/2010/05/jean-castelli-dans-lest-republicain/ils-avaient-faimpetit/"><img class="size-full wp-image-205" title="Ils avaient faimpetit" src="http://blogs.lello.fr/files/2010/05/Ils-avaient-faimpetit.jpg" alt="Ils avaient faim... Un roman historique de Jean Castelli" width="910" height="527" /></a><p class="wp-caption-text">Ils avaient faim... Un roman historique de Jean Castelli</p></div>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Premier mai</title>
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		<pubDate>Sat, 01 May 2010 15:04:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption alignnone" style="width: 363px"><img title="Muguet" src="http://www.placier-muguet.com/img/photos/hd/muguet_fleur_2_hd.jpg" alt="Bon we à tous !" width="353" height="531" /><p class="wp-caption-text">Bon we à tous !</p></div>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le 30ème Salon du Livre</title>
		<link>http://blogs.lello.fr/blog/2010/03/le-30eme-salon-du-livre/</link>
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		<pubDate>Wed, 10 Mar 2010 13:34:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>liligirl</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[Un des plus grands rendez-vous du Livre !! Paris Porte de Versailles&#8230; A vos tablettes]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lb7.reedexpo.fr/Data/kmreed_sdl/block/F_90e6e9f809a5a7487e5c072370e465494b62b6f8520b8.jpg"><img class="aligncenter" src="http://lb7.reedexpo.fr/Data/kmreed_sdl/block/F_90e6e9f809a5a7487e5c072370e465494b62b6f8520b8.jpg" alt="" width="740" height="275" /></a></p>
<h1>Un des plus grands rendez-vous du Livre !!</h1>
<h1>Paris Porte de Versailles&#8230;</h1>
<h1>A vos tablettes</h1>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>PAUL   (FIN)</title>
		<link>http://blogs.lello.fr/blog/2010/02/paul-fin/</link>
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		<pubDate>Sun, 07 Feb 2010 13:59:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>frank</dc:creator>
				<category><![CDATA[Création littéraire]]></category>
		<category><![CDATA[Textes indéfinis]]></category>

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		<description><![CDATA[L’homme de madame   C’était lui. Sur et certain, même si je ne l’ai aperçu que sur une page de journal il y a de cela quelques années déjà. Le curé de madame. Il m’a aussi regardé bizarrement. Madame n’a pas du être sa seule conquête. Oh cette gueule de type qui se croit le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’homme de madame</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>C’était lui. Sur et certain, même si je ne l’ai aperçu que sur une page de journal il y a de cela quelques années déjà. Le curé de madame. Il m’a aussi regardé bizarrement. Madame n’a pas du être sa seule conquête. Oh cette gueule de type qui se croit le centre du monde, qui se voit beau et intelligent. Je suis persuadé qu’il se cherche dans les vitrines pour admirer sa silhouette de clergyman moderne. Costume bien taillé et attache- case. Chasseur et tueur. De ceux qui prennent sans jamais donner. Je n’ai pas de religion, mais tout de même.</p>
<p>Madame, elle a morflé comme on dit vulgairement. Je ne sais pas ce qui s’est passé lors d’un de leurs rendez-vous, mais elle est rentrée dans la voiture toute bouleversée. J’aurais aimé la prendre dans mes bras comme une petite fille. Ensuite, plus jamais d’attente devant la grande poste. Mais certains jours, sans régularité, elle me demandait de la conduire dans les lieux les plus divers de la ville, jamais au même endroit. Ces jours là, je la sentais comme un enfant la veille de Noël. Mais ces jours bienheureux s’espaçaient. Et puis elle ne me demanda presque plus jamais de la mener à des rendez-vous amoureux. Elle se contentait de m’utiliser pour ses courses dans les boutiques de luxe du centre ville. Moi, je voyais bien qu’elle était mal.</p>
<p>Ce type, elle l’avait dans la peau. Il devait lui procurer ce que monsieur depuis longtemps ne donnait qu’à ses gourgandines. Du plaisir. Mais sans doute pas seulement. C’est une sensible, madame, sous ses faux airs de femme riche et arrogante. Tiens, si au lieu d’un curaillon, elle avait pris un valet comme amant. Après tout, c’était tout aussi choquant pour les gens bien pensant. Tout aussi contre nature. Je veux dire socialement. Je l’aurais entourée de tendresse, j’aurais su l’aimer, moi. Mais lui, ce n’était qu’un requin. Un vil requin amateur de belle chair.</p>
<p>Je le vois à sa peinture qu’elle ne va pas bien, à ses sculptures tourmentées aussi. Je ne sais pas quel est son talent.  Je ne suis pas apte pour juger. Simplement, des mots entendus lors de vernissages, des sourires quelques peu ironiques de bonnes copines me laissaient penser que les relations de son mari devaient bien l’aider pour trouver des lieux d’exposition. Quant à savoir si ses œuvres avaient une valeur artistique ? Etait-ce jalousie de la part de ses amies? Peu m’importe. Même sans avoir des connaissances en ce domaine, j’ai immédiatement compris que l’abandon de ce curé avait transformé son art. On y sentait son déchirement. Sa douleur transparaissait dans ses toiles. Quant à ses sculptures, elles coulaient des larmes qu’elle nous cachait. Ne me demandez pas d’expliquer ce que je viens de dire. J’en suis incapable. Simplement, je le flairais. C’était un peu comme les peintures de ce vieux fou qui peignait inlassablement la façade de la cathédrale parce qu’il était tombé fou amoureux de madame. Avec certains artistes, -ont-ils du talent ou pas ?-, on  respire par tous les pores de la peau ce qu’ils ont voulu dire. Et cela, même un larbin comme moi peut le percevoir.</p>
<p>Quant à monsieur. Lui, c’est un homme heureux. Un type à qui ne se pose aucun problème. Jamais. Pas de problèmes sentimentaux. Ni métaphysiques. Il gagne bien sa vie, que dis-je, il déborde de fric. L’argent appelle l’argent. Et il trouve cela tout à fait normal. Alors il en profite, ne se demande jamais si la jeunette qui se pend à son bras est là pour son argent. Il vit son présent. Il jouit de sa vie. Et quand il en aura assez, il lui offrira un beau cadeau et trouvera une excuse pour ne pas la vexer lorsqu’il lui dira adieu. Surtout pour qu’il ne subisse pas les remous de cette séparation. Pas méchant ce type. Pas gentil non plus. Pas d’ennui. Telle est sa règle. Un jour, sur la banquette arrière de la voiture, je l’ai même entendu parler de ses remords pour justifier une rupture. Il ne pouvait plus tromper madame, disait-il. Et l’autre bécasse d’approuver et de le trouver chevaleresque. Il sacrifiait son amour à son devoir. Son ancienne conquête descendit de la voiture à seize heures, à dix sept heures je le déposais devant un bar proche des Célestins, d’où il sortit une heure plus tard au bras d’une blonde trop maquillée. Je peux au moins lui reconnaitre une forme de fidélité. Jamais deux maîtresses simultanées.</p>
<p>Je ne parle que de mes maîtres. Pas un mot sur ma vie. Mais ma vie, elle passe presque toute avec eux. Si peu de temps à moi. Je dois reconnaitre que mes heures me sont bien payées. Le prix de la discrétion ? Je ne crois même pas. Monsieur pense qu’elle est naturelle venant de moi et le concernant. Plutôt le prix de ma disponibilité. Je n’ai pas de limite horaire. Je ne me souviens pas avoir dit non un jour, ni à lui, ni à elle pour un accompagnement à quelque heure que ce soit. Et comme tous deux se parlent assez peu, j’ai du mal à organiser mon emploi du temps pour les satisfaire.  </p>
<p>Mon travail fait donc que j’ai peu de temps à me consacrer. Il me plait d’ailleurs mon travail. J’aimerais écrire pour rendre tout ce dont je suis témoin. Je n’en ai dit là que quelques mots ; mais la vie de monsieur est un vrai roman. Et je n’ai parlé que de ses amours, mais j’en ai entendu des choses étranges sur ses affaires, des choses pas toujours reluisantes, des magouilles, des arrangements avec la loi, avec la morale… Ne parlons pas de ses velléités à faire de la politique. Je me suis toujours demandé comment il ne pouvait pas être plus méfiant vis-à-vis de moi. Il doit me considérer comme ses ancêtres le faisaient  de leurs gens. Presque des objets présents pour les servir. Il faut dire que je suis là depuis tellement d’années, qu’il ne peut pas imaginer une quelconque trahison. Ma fidélité va de soi.</p>
<p>Mais de tout ça, moi je me moque. J’ai cinquante cinq ans. Encore cinq ans à mettre de l’argent de côté. De toute façon, je ne dépense presque rien, pas le temps, alors mon bas de laine se gonfle de jour en jour. Et dans cinq ans, je fais mes bagages pour une vallée perdue des Alpes. J’y trouverai un vieux chalet, il y en a encore qui se détruisent un peu plus chaque jour, loin des stations de skis, sans route pour y conduire… Enfin me retrouver seul loin de la ville. Seul… Pour penser à Ma dame.</p>
<p> </p>
<p align="center"><strong>ÊÊÊ</strong><strong></strong></p>
<p> </p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Louis</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Vingt ans que je viens ici chaque jour, sauf quand la pluie tombe à verse. Sinon je me suis bricolé un système avec une ombrelle attachée à mon chevalet. Ca amuse alors les rares passants. Je fais maintenant véritablement partie du paysage. On me cite même sur les guides touristiques et les cars s’arrêtent devant moi. Je ne sais pas ce que disent les guides en me montrant du doigt. Je suis le peintre de la cathédrale, en apparence. Le peintre de la belle pénitente, en réalité. Pourquoi dis-je pénitente ? Je fantasme, je me crée des histoires. En réalité, elle ne venait peut-être que prier, ou admirer un vitrail, ou un prêtre qui disait à cette heure là une messe basse.  A son âge, on ne se confesse pas régulièrement. On est naturel, on ne pêche pas. On est naturel dans ses actes, dans ses amours. Ce n’est que plus tard que parfois vient la culpabilité et que la religion romaine a inventé la confession, pour gagner des ouailles… C’est tellement facile et agréable de se laver de ses soi -disant fautes en parlant à un homme caché dont on ne perçoit que l’haleine parfois fétide.</p>
<p> Je n’aurais jamais pensé, avant cette rencontre à sens unique, que l’on puisse ainsi bâtir un amour, y être fidèle, sur du néant, du vent, du rêve. Je ne lui ai jamais parlé, je ne sais pas qui elle est, ne le saurai jamais. Sans doute est-elle passée dans ma vie au bon moment. A l’âge où l’on ne rêve plus et où on a encore besoin de chimère pour croire que l’on n’est pas totalement vieux. Je devais l’attendre sans le savoir. J’étais déjà trop vieux pour me lancer dans une véritable aventure. Ainsi, à qui fais-je du mal ? Pas à elle qui ne connaît même pas mon existence, pas à mon entourage, ravi que j’occupe mon temps un pinceau à la main, et même parfois, de me voir rapporter le produit de mes ventes. Pas à moi non plus, enfin si, car elle m’obsède à chaque instant. Mais mieux vaut souffrir d’amour que de ne pas vivre comme la plupart des hommes de mon âge. Mon fantasme est tout de même des plus humains, des plus poétiques, des plus dignes de compassion… Sinon, que font les autres hommes de mon âge ?  Ils jouent  à la belote ou parlent   de foot, de politique, en buvant un éternel pot de rouge. Ils mènent simplement, sans fin, des conversations de comptoirs…</p>
<p>Certains diront que je me complais avec un fantôme ; d’autres prient bien un dieu invisible et très certainement inexistant.  Depuis vingt ans je suis fidèle, et cela me permet de créer une œuvre. Non, je ne suis pas prétentieux au point de croire que ce que je fais est génial, j’emploie le mot œuvre au sens de travail artisanal. Mes tableaux sont faits de mes mains comme un menuisier fait un meuble. Et comme chez  tout artisan, aucune de mes pièces, même si elles ont en apparence toutes le même modèle, n’est semblable à une autre. Sans doute très peu de gens ont compris, ou même simplement approché, ce que je faisais. Certains parlent de spiritualité, un ou deux ont dit le mot amour. Sans doute étaient-ce mes frères ? Il y a tant de sortes d’amour. Ils ne savent pas ce que j’ai vécu, je ne sais rien d’eux. Que mettaient-ils derrière le mot amour ? Entre nous, il peut y avoir de l’empathie. Qu’importe finalement, si je peins pour une minorité. Je crois même d’ailleurs que je ne peins que pour moi.</p>
<p>Vingt ans. Ma vie a changé. Mon épouse est partie, mes enfants ne sont à Lyon qu’en coup de vent, de passage entre le nord et la côte. Moi j’ai rejoint l’un de ces mouroirs aseptisés qui pourtant sent tellement mauvais. Il m’a fallu me battre pour amener mon matériel dans ma chambre. Il paraît que c’est salissant. Un vague soignant, qui se piquait de psychologie, a voulu interpréter la récurrence de mon thème. Tout le personnel a du en parler pendant  des réunions et des réunions, des synthèses et des synthèses. Bofff, ça les occupe ! J’arrive encore à me rendre chaque jour devant la cathédrale pour y peindre ma fée. Mais là encore, il me faut ruser, il me faut convaincre… Je fais celui qui porte allégrement chevalet, ombrelle et boîte de couleur, comme si tout cela ne pesait rien. Mais bon sang que c’est lourd ! Il faut les convaincre qu’ainsi est ma vie. Mais qu’est-ce que ça peut bien leur faire si j’attrape la mort parce le vent s’engouffre sur la place Saint Jean. Et puis de quel droit régentent–ils ma passion, ma vie ?</p>
<p>J’aimerais mourir sur scène comme Molière. Ma scène à moi est une place du vieux Lyon. Et si, avant ce jour, elle pouvait passer derrière moi, s’arrêter d’abord par simple curiosité, et puis se dire que ma peinture est bien curieuse. Elle s’interrogerait. Elle verrait la petite lumière qui jaillit de la rosace. Normalement, de l’extérieur, les vitraux sont tristes et ne révèlent rien. Mais moi, dans mes tableaux, il y a toujours une lumière qui passe. C’est la marque de mon amour impossible. Elle se poserait des questions, un doute naîtrait en elle. Sans doute reviendrait-elle le lendemain, puis le lendemain encore. Peu à peu elle comprendrait que c’est elle que je peins. Elle se souviendrait, au fond de sa mémoire, être déjà venue ici il y a bien longtemps. Lui reviendrait de très loin dans  son cerveau, l’image d’un homme qui la regardait avec passion. A l’époque, elle n’avait pas prêté attention à moi, trop occupée sans doute. Mais maintenant, ça remonterait. Elle ne me dirait rien, mais moi aussi, je comprendrais qu’elle m’avait compris.  Chaque jour elle passerait derrière moi, me regarderait peindre un moment, puis s’éloignerait. Mais ces jours là, je peindrais comme jamais auparavant je ne l’avais fait.</p>
<p>Il ne se passerait rien entre nous. Ce ne serait qu’un fluide d’elle à moi. On se comprendrait sans se dire la moindre parole, sans le moindre attouchement. Et de mes mains, naîtrait un tableau encore plus doux et passionné,  que nous serions les seuls à comprendre.</p>
<p>Allez mon vieux Louis, ne rêve pas l’impossible, contente toi de penser à elle comme à chaque instant. Va donc saluer ton vieil ami le poète, avant de rentrer dans la vilaine maison.</p>
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<p><strong>Le vieil homme</strong></p>
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<p>Ben oui, quoi, j’ai oublié de mettre mon pantalon. Ca peut arriver à tout le monde. Fait pas si froid, j’en veux pas de votre couverture. Si ça se trouve vous l’avez déjà mise sur un cadavre, et moi j’aime pas les morts. D’abord depuis…, depuis quand déjà ?, Y’avait une barricade sur le pont Lafayette, même qu’un flic est mort sous un camion. On dit que je perds la mémoire, mais je me rappelle, j’avais fait un poème pour célébrer l’évènement. C’était la nuit du 24 mai. Mais c’était quoi ? Ce que je sais c’est que depuis cette date je n’aime pas les uniformes. Non, je ne monterai pas dans votre camion. Vous êtes qui vous ? Flic ? Quoi ? Pompier ? Mais pourquoi voulez vous m’emmener ? Et lui, avec sa pèlerine, c’est pas un pompier. Obligé de vous accompagner pour venir me chercher. Je ne fais rien de mal. Pantalon, pantalon, vous n’avez que ce mot à la bouche. Y’a plein de gens qui oublient des choses, un pantalon c’est pas dramatique. Où j’habite ? Là bas, à deux pas, je sais y aller, c’est toujours à gauche, mais je sais plus le nom de la rue. Non, je ne me perds jamais. C’est dans l’allée où il il y a une poubelle devant. Oui, mais cette poubelle, elle est spéciale, je la connais, c’est là que je vide mes équevilles. Toujours à gauche je vous dis. Vous voulez me ramener chez moi ? Pas besoin. Quoi ? L’hôpital ? Quel hôpital ? Et pourquoi ? Je suis en pleine forme. Laissez moi ici, je vais entrer dans ce café. Non, je n’y vais jamais. Pourtant cette femme derrière le carreau qui me regarde en pleurant, je ne la connais pas. Quoique, un vague souvenir. Peut-être que je la connais finalement. Elle n’est pas à la télé?  Mon nom ? On m’a toujours appelé le poète. Mais c’est mon nom, je vous dis. Un autre nom ? Je vous dis que je n’en ai pas dans le quartier. Ailleurs ? Mais j’ai toujours vécu ici. Et là, ne me touchez pas. Des papiers ? Tiens j’ai un billet que la femme qui vient à la maison pour mon ménage m’a laissé. Mais non, j’ai que ça comme papier. Les autres, c’est cette dame qui me les a pris. Elle m’a dit qu’elle me les rendra quand je partirai en voyage. Oui, j’aime voyager. Je pars souvent tout seul au bout du monde. Demain je vais rejoindre ma maîtresse à Venise. Je prends l’avion à Bron. Quoi, il n’y a plus d’aéroport à Bron. Arrêtez, vous m’amusez. Même que je prends une caravelle et qu’on doit se retrouver à l’hôtel <strong>l’hôtel Cavalletto. C’est toujours là qu’on se retrouve. Mais oui, je me rappelle l’adresse, c’est </strong>San Marco, 1107. Juste derrière la place. Elle me dit toujours, toi le poète, tu as une mémoire du feu de dieu. Comment elle s’appelle ? D’abord, jeune homme, ça ne vous regarde pas. C’est une grande actrice. C’est… C’est… Zut j’ai un trou de mémoire. Pourtant on en a fait des choses ensemble. Si vous saviez.  Remarquez, elle n’est  peut-être pas actrice. Il me semble qu’elle était dans la loge de… Oui, cette grande dame au théâtre, juste là derrière. Je crois que quand nous nous sommes rencontrés, elle habillait cette dame. Mais Venise, ça c’est sur, on y va souvent, et moi je lui écris des poèmes. Plein de poèmes. C’est drôle cette femme qui pleure derrière la vitre du café. Bon, si vous insistez, je veux bien monter dans votre voiture, mais pas avec ce type à la pèlerine. On va chez moi ? D’accord ? Je vous paie un verre pour la peine. Oui, toujours à gauche je vous dis. Vous m’avez bien eu avec votre histoire d’hôpital. Juste pour un pantalon oublié.</p>
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<p align="center"><strong>ÊÊÊ</strong><strong></strong></p>
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<p><strong>La muse</strong></p>
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<p>Je crois bien que c’est la fin pour mon vieux poète.</p>
<p>Je doute qu’il repasse un jour devant ce café. C’était sa fidélité à lui, même s’il ne se souvenait pas à quoi ou à qui il était fidèle. Ce soir je relirai ses écrits, du moins ceux que je n’ai pas déchirés. Mon admirateur le plus constant. Mon féal, mon assidu, mon dévoué. Le seul pratiquant de la religion dont j’étais la muse. Je me demande s’il n’y avait pas de la fierté à la fin, quand il était encore lucide, et qu’il se rappelait ma jeunesse lointaine. Un adepte de la religion Amour. Il croyait à la déesse qu’il s’était choisi, et puis, sa mémoire l’abandonnant, il était devenu programmé pour ce tour de quartier quotidien, comme les oiseaux migrateurs qui a une certaine date partent vers des contrées lointaines. Lui, chaque jour, à la même heure, partait pour sa migration amoureuse dont il avait oublié le but, mais qui était ancré en lui.</p>
<p>Muse. Tu parles ! Combien d’hommes me l’ont dit ? Combien de vrais et de faux poètes ne m’ont-ils pas chantée ? Que reste t-il de ce passé ? Sous la teinture  rousse de mes cheveux, si mal passée, et qui de toute façon, tient de plus en plus mal, transparait le blanc et le gris. Une curieuse couleur au total. Indéfinissable. Je finis mes vêtements glorieux aujourd’hui trop souvent rapiécés. Mes chairs tombent. Et quand un soir d’envie, j’aimerais être entourée de bras tendres, je ne peux les trouver que dans mes souvenirs. Maintenant, je n’ai plus pour compagnons que tous les soiffards de ce café, avec qui il faut parler haut et fort, si on ne veut pas se faire dévorer, puis oublier… Elle est loin la poésie légère, parfois un peu désuète et même maladroite, mais tellement douce et tendre, de mon admirateur.</p>
<p>Tiens, je me contenterais même d’un affreux chant sur la vieille femme que je suis devenue. Ne pas être oubliée.</p>
<p>« Une vieille femme grincheuse, un peu folle<br />
Le regard perdu, qui n&#8217;y est plus tout à fait,<br />
Qui bave quand elle mange et ne répond jamais ».</p>
<p>C’est le début d’un poème trouvé chez une vieille irlandaise après sa mort. Pas ragoutant. Etre vivante pour quelqu’un. Mais je ne suis pas si vieille, je n’en suis pas là. Pas encore.</p>
<p>Même pas un faux Baudelaire pour me comparer à la charogne que je deviendrai demain comme vous tous.  </p>
<p>« Rappelez-vous l&#8217;objet que nous vîmes, mon âme,<br />
Ce beau matin d&#8217;été si doux :<br />
Au détour d&#8217;un sentier une charogne infâme<br />
Sur un lit semé de cailloux,</p>
<p>Les jambes en l&#8217;air, comme une femme lubrique,<br />
Brûlante et suant les poisons,<br />
Ouvrait d&#8217;une façon nonchalante et cynique<br />
Son ventre plein d&#8217;exhalaisons ».</p>
<p>C’est répugnant me dites-vous ? Sans doute, mais avouez que c’est beau aussi… Si mon  vieil ami le poète n’avait pas perdu la tête, je lui aurais demandé de me décrire lorsque je ne serai plus, de prolonger son amour par de là la vie. Il aurait été assez fou pour le faire, et ainsi, aurais-je continué à faire naître des mots dans l’esprit d’un homme. Tous les sentiments passent, le souvenir des étreintes encore plus vite. Mais les mots eux, restent. Même s’ils ne sont que dans la tête de vieux admirateurs, ou sur des cahiers d’écoliers aux pages jaunies qui finiront dans une benne quand l’auteur disparaitra. Mais qui sait ? Peut-être qu’une petite fille voudra garder la prose amoureuse du vieil homme ?</p>
<p>Oui, le voir ainsi en chemise, les jambes dénudées et si maigres&#8230; Comme dans un asile, mais c’était dans la rue, dans le froid, à la vue des gamins moqueurs. Lui si fier, qui parlait haut et fort, qui portait si beau et qui m’avait invitée à Venise au printemps. Mon seul voyage en amoureux.  Je ne sais pas ce qui est pire. Lui ne se souvient pas et vit dans son monde, obsédé par quelques rares idées. Mais moi, je vois le temps filer et mon corps se décomposer à deux pas de ce théâtre où j’avais ma place. Plus personne ne se souvient. Heureusement, les quais, le marché quotidien, les rues, le théâtre lui-même, malgré les transformations récentes qu’il a subies, ont peu changé. Le quartier est le témoin de mon passé, et, quand je parviens à m’oublier, je reste la même femme qu’hier.</p>
<p>Tiens voici la petite. Puis-je dire ma copine, ma fillette ? Celle qui passe souvent ici depuis qu’un jour on a causé toutes les deux, que je ne connais pas, mais qu’importe, qui ne me dit rien de sa vie et dont je respecte le silence. Pas de grandes phrases entre nous. Nos sentiments, on les devine, on ne se les dit pas… On n’a pas besoin de mots d’amour ou d’amitié, on les devine à travers tous les autres qu’on échange.  Ma Lucile qui est si légère, tout comme son nom… Bien sur demain, ou après, elle ne reviendra plus, quant à moi, je disparaîtrai peut-être avant son départ. Qu’importe, ça aura été une chouette expérience, toutes les deux. Come quoi, jusqu’à la fin, la vie peut donner à qui sait l’apprécier. Mais j’ai eu de la chance, qu’elle pousse la porte du café, un jour de froid. Surtout, cette nana, ce n’est pas rien…</p>
<p>Tout de même, même s’il y avait si longtemps qu’il n’avait rien écrit, je pouvais toujours espérer. Jamais plus quelqu’un ne me chantera maintenant. Mon vieux poète va me manquer.</p>
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<p><strong>Lucile</strong></p>
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<p>Maintenant je passe presque chaque jour dans ce café du quai des Célestins pour y boire un petit noir, un thé, ou même un verre de blanc. Je le préfère à tous les bars branchés, pubs et autres lieux que fréquente David. D’ailleurs, lui, je le vois de moins en moins. Il commence à m’ennuyer sérieusement,  « à me gonfler » dirait ma mère qui est plus directe que moi. Je ne le vois pas évoluer, toujours aussi gamin avec ses préoccupations au ras des pâquerettes. Je me demande parfois si son univers sort de son cercle restreint de copains qui se croisent en deux ou trois lieux, toujours les mêmes. Lui, il va rester longtemps étudiant. Contente d’avoir stoppé mes études, de m’être plongée dans le vrai monde. J’aime ma vie.</p>
<p>Chaque matin, en fin de matinée, en quittant mon appartement, j’entre faire une pause dans ce vieux café. Ma pause « vraie vie », ma pause prolétarienne. Non, rien de méprisant dans ce mot. Ici, j’entends les nouvelles du jour, les commentaires, les essais philosophique de ce vieux clochard. Les conseils de Clio, la muse, celle qui est devenue ma copine malgré toutes nos différences. Ce matin, ça n’allait pas fort pour elle. Hier, les pompiers ont embarqué son vieil admirateur qui la chantait autrefois. Alors aujourd’hui, j’ai eu droit à ses conseils. Elle s’est mise à me citer du Ronsard.</p>
<p>« Mignonne, allons voir si la rose<br />
Qui ce matin avoit desclose….. ».</p>
<p>Dont elle avait surtout retenu la fin.</p>
<p>« Cueillez, cueillez vostre jeunesse :<br />
Comme à ceste fleur la vieillesse<br />
Fera ternir vostre beauté ».</p>
<p>Puis elle chantonna un vieux truc de Françoise Hardy qu’elle semblait connaitre par cœur. Mais, comme pour Ronsard, elle passait allégrement de la première à la dernière strophe.</p>
<p>« On est bien peu de choses. Et mon amie la rose me l&#8217;a dit ce matin. A l&#8217;aurore je suis née, baptisée de rosée. Je me suis épanouie. Heureuse et amoureuse. Au rayon du soleil ».</p>
<p>Et je sens que je tombe mon cœur  est presque nu. J&#8217;ai le pied dans la tombe. Déjà je ne suis plus. Tu m&#8217;admirais  hier. Et je serais poussière. Pour toujours demain ».</p>
<p>Moi j’aime bien cette chanteuse. C’est la génération de ma mère, mais ses paroles sont intemporelles. Oui, elle n’allait pas fort ma copine. Elle n’a même pas souri quand je lui ai commandé un second verre de Côtes. Je repasserai ce soir après le travail. Elle sera sans doute encore là, perdue dans ses vapeurs d’alcool. Je lui paierai un plat du jour pour lui faire éponger tout le vin qu’elle aura ingurgité.</p>
<p>Mon travail me plait. Il se déroule dans une vieille maison au bord de la route qui court vers les Dombes. C’est un lieu de bien être où, hommes et femmes peuvent venir se faire cocooner. Mine de rien, ça marche drôlement bien. On a des techniques diverses mises au point aux quatre coins du monde. Moi ça me fait rire ceux qui pensent qu’ils vont perdre x centimètres qu’ils ont en trop. Non, ce qu’on vend, c’est du bien-être. Des moments que le client passe, entre parenthèses de sa vie, des moments seulement pour lui, juste pour l’essentiel, son corps. Dans d’autres civilisations, cela est naturel, chez nous c’est un luxe, ou alors c’est entaché de suspicion. J’ai mes habitués. Des gens qui aiment leur corps et qui ont les moyens de lui consacrer pas mal d’argent, car nos tarifs sont élevés. Il y a les curieux. Mais ils reviennent rarement. Quelques petits vicieux qui pensent avoir trouvé le graal du plaisir, mais eux, je sais les remettre à leur place. Nous sommes bien placés ici. Pourtant qui eût cru qu’à la campagne ? Pas trop loin pour les lyonnais qui s’échappent un moment de leurs occupations,  et puis une riche clientèle, installée dans les environs, qui a préféré quitter la ville sans trop s’en éloigner. Certains jours, devant la vieille maison, c’est rempli de 4X4 et de petites voitures rétro qu’aiment les femmes bien établies. Je sais que dans un an ou deux je me lancerai, j’aurai mon propre institut.</p>
<p>Clio a raison, il faut que je morde à la vie. Je roule vers mon travail avec dans les yeux le souvenir de ce qu’est devenu Clio. Non, jamais comme elle. Vivre pour moi. Le soleil réussit enfin à percer le brouillard. C’est chouette la vie. Je crois que je viens de signer la fin de ma relation avec David. Il ne m’apporte plus rien, pas même vraiment de plaisir. Il est trop pressé, ne sait pas être raffiné.</p>
<p>Merde alors, quel con ce type ! Doubler ici, folie !</p>
<p>Je n’ai pas besoin qu’on me chante, moi, comme ma chère Clio. Je n’ai pas besoin d’être la muse d’un poète.</p>
<p>Quoique…..</p>
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<p align="center"> </p>
<p><strong>Paul</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Je….</p>
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<p align="center"> </p>
<p><strong>Le chœur, le jeune fou et Paul.  </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le chœur<strong></strong></p>
<p>Non, Paul, les dieux en ont décidé autrement. Tu le sais bien, mais veux tu le voir  vraiment? Tu préfères te cacher la vérité. Pourtant, comme chaque homme qui a un minimum d’intelligence, tu devrais avoir conscience que nous ne sommes que des marionnettes au sein du monde. Le monde ? Mais tout y est im-monde, c’est à dire inorganisé. Notre seule liberté est dans la façon dont nous réagissons aux évènements de notre vie. Et encore. Il y a toujours des fils qui là aussi ne nous laissent pas libres. Hasard, te disons-nous ? Sinon, sans cela ? L’homme n’aurait jamais existé. Tout s’enchaînait si bien dans ce texte. L’on passait de personnage en personnage, de marionnette en marionnette. Finalement, tout y était logique, et un lecteur quelque peu attentif et perspicace pouvait en  annoncer la suite. Seulement cela durait depuis trop longtemps. Il a fallu qu’un dieu quelconque, un être surnaturel inconnu, à moins que ce ne fût que ce que l’on appelle le hasard, c&#8217;est-à-dire un grain de sable, un verre de trop, un mauvais réflexe, une tâche d’huile sur la route, un moment d’inattention, parce qu’on pense à sa copine, à son patron, au prochain client, à sa voiture si rutilante, une simple envie d’uriner… Et ce dieu joueur,  ou ce hasard, fait entrer un personnage nouveau et inconnu dans la succession bien huilée de nos personnages. </p>
<p>Mais lui, appelons le, le jeune fou, ne sait même pas qu’il a pénétré notre histoire.</p>
<p> </p>
<p>Le jeune fou</p>
<p>Elle est chouette ma nouvelle Mégane RS… Cinq ans de crédit. Mais ça en valait la peine. 226 CV. J’ai grillé une GTI au démarrage au sortir de Caluire. Six rapports ! Berceau renforcé. Système anti-dérapage ESP. Freins à étriers fixes de 330 mm. Attention, les anciens n’avaient que 312 mm ! Ca change tout, question sécurité. Et l’esthétique ? Je ne vous dis pas l’esthétique ! Un nouveau tablier avec des feux de jour à LED. LED, Hein ! Des jantes noires de 18 pouces et des pneus 225/40, en option d’accord, mais pour le supplément, ça vaut le coup. Volant cuir, sièges sport enveloppants, tachymètre,  pédalier en aluminium. Sportive, je vous dis, sportive jusqu’au bout des jantes. Ouahou !!!</p>
<p> </p>
<p>Paul</p>
<p>Une simple envie que les hommes satisfont facilement au bord de la route. Cinq minutes, et je repars.</p>
<p> </p>
<p>Le chœur</p>
<p>Non Paul , vous n’êtes plus maitre de votre destin. Laissez nous le commenter. Laissez ce jeune fou s’exprimer, il est son instrument.</p>
<p> </p>
<p>Le jeune fou</p>
<p>Deux jours que je l’ai. Déjà douze copains sont montés dedans. Ce week-end, faut que j’emmène Nathalie se promener avec moi. Baba elle en sera. Le pater va encore me parler de sa Gordini. Mais ça n’a rien à voir. La classe avec ma Mégane. Sportive, mais racée. Un jour, j’irai sur un circuit. Mais le soir, quand je me gare en double file sur les quais de Saint Jean, pas à dire, ça fait péter la jalousie des mecs. Et les filles… Je vous dis pas.</p>
<p>Chouette ligne droite. Je la pousse un peu. 130. On ne sent rien. Allez, juste un chouïa de plus. 150. Encore dix et je rétrograde. 160. Oh, juste encore dix.</p>
<p>Merde, quel con ce mec ! </p>
<p> </p>
<p>Le chœur</p>
<p>Ainsi va la vie. Le jeune fou rencontra Paul sur une route des Dombes. Un peu violemment. Le hasard.  Puissance du hasard, comme nous vous le disions. Le jeune fou s’en tira. Du moins resta t-il en vie. Mais désormais, sa petite voiture fut nettement moins brillante et rapide que sa belle Mégane. Pour tout dire, elle fonctionnait à la force de ses deux bras qui faisaient avancer les deux roues avec un mouvement régulier. Il devint très fort à ce jeu là. Il gagna même des marathons. Quant à Paul. Ben, il ne clôturera pas cette histoire comme il l’avait commencé. Comme quoi, on n’est jamais certain de rien. Même quand on lit un livre.</p>
<p> </p>
<p align="center"><strong>ÇÇÇ</strong><strong></strong></p>
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		<title>Paul (9)</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Feb 2010 13:57:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>frank</dc:creator>
				<category><![CDATA[Création littéraire]]></category>
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		<description><![CDATA[ÊÊÊ   Ugur   Pas le moral.  Jamais cela ne m’était arrivé de toute ma vie, même quand il y avait la guerre ici entre le FLN et l’OAS et que les types d’extrême droite confondaient arabes et turcs. A l’époque, ce n’était pas le gouvernement français qui était contre les étrangers. Tout était du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>ÊÊÊ</strong><strong></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Ugur</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Pas le moral.  Jamais cela ne m’était arrivé de toute ma vie, même quand il y avait la guerre ici entre le FLN et l’OAS et que les types d’extrême droite confondaient arabes et turcs. A l’époque, ce n’était pas le gouvernement français qui était contre les étrangers. Tout était du au problème de l’Algérie. Aujourd’hui, il n’y a plus de guerre. La France n’a plus de colonie, ou alors des départements d’outre mer, des territoires lointains. La différence n’est pas grande, il est vrai. Mais elle n’a plus de pays méditerranéens revendiquant leur indépendance. Elle a seulement  la haine de l’autre entretenue par la propagande du pouvoir, par les effets de fausse virilité de la classe politique. Tristes hommes qui collent à l’opinion des pires des français ou même réveillent ce qui était seulement latent chez certains. Et les chômeurs, les laissés pour compte, les aigris, les trop cathos, les intégristes de tout bord, les trop riches et les trop seuls, les abandonnés de la société, ceux qui aiment casser, les violents, les amateurs de castagne, trop de nos contemporains mordent à l’hameçon.</p>
<p>Et depuis hier, mon neveu est victime de ces textes idiots qui se multiplient de plus en plus, se rajoutent les uns aux autres, se superposent, il est victime du zèle de la police, des préfets, des ministres, victime de l’ambiance générale, des rêves de grandeur de notre président. Deux ou trois fois déjà… Mais jusqu’à maintenant il avait réussi à passer les mailles du filet… Se cachant… Fuyant… Il était venu pour étudier et puis parce que la vie au fond de l’Anatolie était trop dure. Il m’aidait un peu contre le gîte et le couvert, contre un peu d’argent de poche et les frais de fac. Parce que mon neveu, ce n’est pas n’importe qui. Il aurait réussi. Il serait retourné là bas, après quelques années de travail ici, comme pour payer son du à la France. Il serait retourné   pour aider la famille, le village… Après tout, moi je suis là depuis si longtemps. Je paie mes impôts, j’ai toujours travaillé, je n’ai pas coûté cher à la France qui m’a accueilli, j’ai même du lui procurer de la richesse.</p>
<p>Aujourd’hui, Adem est dans le centre de rétention de Satolas. Il a toutes les chances de devoir repartir demain. Finis ses rêves de réussite, d’aide aux villageois, il n’est pas au milieu de ses études. Je suis dégouté, totalement impuissant. J’en ai bien parlé à Jean-René Bompars, un mec bien, un qui se bat pour plus de justice. Mais il m’a dit qu’il ne fallait pas trop espérer. Que les flics avaient du chiffre à produire, que les élections approchaient, qu’il y avait eu cette émeute au centre commercial, qu’il fallait rassurer. Adem deviendra une statistique, une simple statistique qui fera sourire tous ceux qui ne viennent jamais dans le quartier, mais qui ont peur d’une peau basanée, de cheveux crépus, ou d’une langue gutturale. </p>
<p>C’est la première fois que je me sens abandonné par la France. Hier j’ai fermé mon kébab pour la première fois depuis que j’ai ouvert. J’ai écrit sur la devanture « Je suis en deuil de mon pays d’accueil. Demain, Adem sera renvoyé en Turquie et ne vous servira plus de ma viande ». Il y a eu des mots de révoltes, des mots de sympathie, des mots amis et d’autres plus tendres encore. Ca m’a fait chaud au cœur. Même le maire est passé me voir. Bien sur que c’est son travail, et puis sa tendance aussi, mais il n’était pas obligé. Certains voulaient manifester, aller devant la mairie, boucher le boulevard Bonnevay. J’ai du les calmer. Je ne suis pas un violent moi. A quoi bon lutter contre l’impossible ? Trop faible pour que ça réussisse.</p>
<p>Seulement ce que ça a changé en moi, c’est que pour la première fois depuis des années, je pense retourner au pays quand je vendrais mon kébab. Quand je suis arrivé, je ne pensais pas au retour, pour moi, venir ici, c’était changer de vie pour toujours. Bien sur, au début, quand je me faisais traiter de bougnoul, quand je lavais la vaisselle grasse dans des cuisines minuscules rue des Marronniers, quand je rentrais à pieds au foyer parce que le dernier trolley était parti, j’ai pensé parfois à un retour. Mais toujours la fierté me faisait dire « plus tard, quand tu auras de quoi te faire une maison au pays ». Et puis, sans me vanter, j’ai pas mal réussi, même si ma boutique est petite, même si ce n’est pas la crème qui vient chez moi, même si le quartier n’est pas très chouette.  Et depuis des années, je ne pensais plus au retour.</p>
<p>Aujourd’hui, ce n’est pas que j’ai peur des français, mais je ne me sens plus chez moi. Il suffit qu’une loi soit votée, qu’un type décide, que d’autres le suivent. Quoique je me demande si ce n’est pas l’inverse, si ce type ne suit pas ceux qu’il pense être pour lui ? Enfin, il doit y avoir un peu des deux. Comme on dit chez nous « l’homme croit conduire l’âne, mais l’âne croit aussi conduire l’homme ». Oui, il suffit de rien, pour que fuient les rêves du meilleur des neveux, pour que sa vie soit détournée de ce qu’elle aurait du être, pour que mes espoirs en lui disparaissent.</p>
<p>Pauvre Ugur, Pauvre Adem, pauvre Turquie, pauvre France.</p>
<p>Si Rolando, ce type bizarre qui parfois passe ici, était là, il me parlerait du fatalisme oriental, se moquerait de moi. Il me dirait « que diable, réagis ». Seulement lui, il n’a d’italien que le nom. Plus personne ne voit sur sa peau que son père était de Pise. Et puis, les italiens, il y a longtemps qu’ils sont acceptés. Ca remonte à Mussolini. Nous, c’est différent, c’est nouveau encore….  Et puis, la dernière fois que je l’ai vu, il n’était pas brillant. Ce qui ne va chez lui, ce n’est pas son origine, c’est son âge…</p>
<p>Demain, j’irai au centre voir Adem. Après tout peut-être que… Et puis si vraiment il est renvoyé, moi je vends mon kébab, je repars au pays, avec lui j’aurai bien de quoi monter quelque chose. Et comme il est plus intelligent que moi, l’Adem, il réussira, avec ou sans la France….</p>
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<p><strong>Jean-René Bompars</strong></p>
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<p>Elle a été si longue à dire oui&#8230;</p>
<p>Au début, j’ai longtemps cru que c’était parce qu’elle avait peur que ce ne soit pas un vrai mariage blanc.  Et puis elle a fini par me dire qu’elle avait confiance en moi, qu’elle voyait bien que j’étais un type bien, qu’elle savait  je ne voulais pas profiter de sa jeunesse, que moi le vieux célibataire, je ne courais pas après les jeunettes, ni même après  les demi-jeunettes, comme elle se baptisait en riant. Mais qu’elle ne voulait pas me compliquer la vie. Avec mon passé de syndicaliste, je devais être plus ou moins fiché, là ou ailleurs. Il y avait tant de fichiers maintenant autorisés ou pas. Alors j’ai encore insisté. Je lui offrais la sécurité en France, elle m’offrait l’amitié de sa jeunesse. Nous étions quitte ainsi, et même, je crois que j’y gagnais au change.</p>
<p>Ce fut un soir d’hiver, en rentrant du travail, que Mariekke accepta. Je ne sus jamais ce qui s’était passé dans son hôtel, sans doute quelque chose de peu reluisant pour notre pays. Je ne l’avais jamais vue si découragée.  Elle me dit simplement. « Si ta proposition tient toujours, moi, je suis ok ». Je ne sais pas si je fus heureux pour moi, ou malheureux pour elle, qu’elle fût obligée de passer par là pour pouvoir vivre en France sans problème. Il y avait quelque chose qui n’allait pas dans notre vieille France. On ne progressait pas. Mon père avait connu les italiens, les ritals, et puis les polonais, les polaks. Moi j’avais connu les noirs, les bamboulas, puis les maghrébins, les bougnoules. Demain, qui arriverait ? Comment les surnommerait-on ? Pourtant aujourd’hui qui songerait à parler encore de ritals ?</p>
<p>Elle accepta donc. Et moi, je me lançais dans la confection du dossier. Alors là, attention…</p>
<p>Auprès d&#8217;un médecin accrédité, un certificat médical. Le certificat doit être tamponné par un tampon spécifique : médecin assermenté.</p>
<p>Un extrait d’acte de naissance accompagné d&#8217;une traduction assermentée s&#8217;il n&#8217;est pas en français Dans le cas ou vous ne pouvez pas fournir un extrait, vous devez laisser l&#8217;original de l&#8217;acte de naissance à la mairie. Vous devrez demander par écrit l&#8217;autorisation de le reprendre auprès du procureur de la république de votre département, après le mariage. Vous pourrez ensuite retrouver votre acte de naissance dans votre mairie.</p>
<p> </p>
<p>Un justificatif de domicile.  Facture, carte d&#8217;identité, … un original et une photocopie. Si le document n&#8217;est pas en français, il doit être accompagné d&#8217;une traduction assermentée. Dans le cas ou l&#8217;un des époux ne dispose pas de justificatif pour son domicile actuel, il peut fournir son adresse du pays d&#8217;origine (si elle figure sur la carte d&#8217;identité). </p>
<p> </p>
<p>Un justificatif de l’identité. Carte d&#8217;identité ou passeport. Si vous êtes étranger, préférez le passeport, qui est déjà traduit.</p>
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<p>Un certificat de célibat. Un certificat de coutume pour le futur marié étranger, justifié à l’ambassade, délivré par un avocat ou un notaire. Mais attention, ce n’est pas dans tous les pays qu’un avocat ou un notaire en fournit un.</p>
<p> </p>
<p>Pour les veufs, un acte de décès du précédent époux.</p>
<p> </p>
<p>Pour les divorcés, un acte de mariage si le divorce n’est pas porté sur l’acte de mariage.</p>
<p> </p>
<p>Déjà pas facile à réunir tout cela pour une fille rom et sans papier. Cela me prit plusieurs mois. J’ai même du me rendre dans son pays parce que le consulat ici n’aime pas trop ses concitoyens illicitement en France, source pour lui d’ennuis. ET dans son pays, se procurer des papiers ne fut pas plus facile qu’ici. Heureusement là-bas, l’argent bien distribué est efficace. Mais le plus difficile, ce fut ensuite. LA publication des bans. Dix jours pour un mariage franco-français. Pour nous ce fut… Je ne sais plus. D’abord qui dit bans, dit entrée dans la légalité avec le risque de se voir refuser le mariage et de devoir re-disparaître dans la nature. J’avais lu un doux euphémisme sur un site donnant des conseils aux étrangers. « Votre mairie peut très bien être plus pointilleuse que la loi ». Peut-être pas la mairie, mais certains employés. Puis la préfecture s’en mêla. Car il faut alors obtenir un visa court  en vue de mariage avec les papiers suivants.</p>
<p>1. 1 formulaires de demande de visa,<br />
2. 1 photographie d&#8217;identité récente,<br />
3. la preuve de nationalité française du futur conjoint français(carte nationale d&#8217;identité, ou du certificat de nationalité française, ou -du décret de naturalisation),<br />
4. le certificat de publication des bans et de non opposition,<br />
5. un certificat de capacité de mariage ou de célibat,<br />
6. un justificatif d&#8217;hébergement (si votre futur(e) conjoint(e) est propriétaire: acte de propriété, dernière quittance de taxe foncière, facture EDF -récente; si elle est locataire : contrat de bail accompagné de la dernière quittance de loyer ainsi que d&#8217;une facture EDF),<br />
7. -un justificatif des ressources de la partie Française (trois derniers bulletins de salaire et dernière feuille d&#8217;imposition).</p>
<p>Ah, j’oubliais, le versement d’une taxe qui peut varier suivant les lieux….</p>
<p>Bien sur pendant tout ce temps, il faut jouer la comédie. Etre tendre comme de futurs mariés amoureux. Si, si, il y a des enquêtes de voisinages et souvent des voisins sournois qui se prennent pour les gardiens de la pureté de la France. Et que dire des convocations au commissariat, à la mairie, à la préfecture.. Plus d’une fois, j’ai regretté d’avoir embarqué Mariekke dans cette galère. Sa peur était visible. Maintenant, elle vivait et tout le monde la savait ma fiancée. Moi, j’ai du essuyer quelques blagues grasses et douteuses. Même d’amis que je considérais comme large d’idées et équilibrés. Pensez donc, le vieil homme toujours célibataire, toujours seul, sans maîtresse connue, qui se marie avec une jeunette ravissante. Jalousie. Malveillance. Méchanceté gratuite qui cache mal le désespoir. J’aurais peut-être du offrir autre chose à Mariekke. Mais quoi ?</p>
<p>Et puis vint le mariage. Nous avions fait simple. Nos témoins seulement. Et puis un ou deux amis. Me croirez vous ? La maréchaussée s’était invitée et nous a suivi avec ses gros sabots jusque chez Léa, derrière la voûte, où j’avais invité tout le monde. Que diable, un mariage fût-il blanc, doit répondre à quelques traditions. Le restaurant en est un. Et je me dis que j’avais bien fait de faire les choses ainsi. Au moins sur le rapport à la préfecture serait mentionné le restaurant.</p>
<p>Ce qu’elle était belle Mariekke ! Seulement dans ses yeux il y avait un peu de tristesse. Lointaine certes. Mais elle jouait le jeu. Pour les témoins. Pour moi aussi sans doute. Faire comme si. Ca devait bouillir dans sa tête. Jusqu’où faire semblant ? Je me dis qu’il y avait sans doute en elle le souvenir d’autres noces. Le vieil ours que j’étais devenu se demanda pourquoi il avait vécu ainsi… Après tout j’aurais pu vivre moi aussi, du temps de ma jeunesse, un  mariage qui n’aurait pas été blanc. Même plus âgé. Mais la force de l’habitude. Mon engagement social…  Ce soir je regrettais. Ca aurait tout de même été chouette de se marier pour de vrai, comme disent les enfants. Et puis je pensais à demain. J’avais lu que les enquêtes allaient très loin pour démasquer les faux mariages, jusqu’à la recherche de la vie intime du couple. Peut-être n’avais-je pas assez réfléchi à toutes les difficultés de mon offre.</p>
<p>Vers la fin du repas, quand chacun se sépara, elle se tourna vers moi, elle me sourit. Je sentis dans ce sourire tellement de confiance que d’un coup, toutes les difficultés s’envolèrent. Je saurai la protéger, jouer la comédie du parfait mari amoureux de sa jeune épouse. Et puis quand un temps raisonnable aura passé, je saurai aussi lui rendre sa liberté, laisser s’envoler une Mariekke devenue française.</p>
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<p><strong>Mariekke</strong></p>
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<p>Je n’avais pas l’habitude de rencontrer des personnes pour qui l’action de donner se faisait naturellement, sans attente d’une quelconque récompense. Au début, j’ai été méfiante. Je suis jeune, il ne l’est  plus, mon Jean-René. Pourtant j’ai vite découvert qu’il n’y avait pas piège, que je n’aurai pas à payer le service qu’il me rendait. C’est un homme sain, un saint laïc et athée.</p>
<p>Il m’a fallu bien sur aller habiter chez mon blanc époux. Le premier soir, je n’étais pas  vraiment à l’aise. Il m’a montré son lit, la chambre en me disant que c’était la mienne. Mais plus d’un mariage arrangé avait capoté sur des histoires de lit. Lui, avait pensé à tout.</p>
<p>« D’abord, tu ne te couches jamais sans que les volets soient fermés. On tire le verrou et si l’on sonne chez nous, on n’ouvre jamais sans avoir mis de l’ordre, de l’ordre matrimonial…, sourit-il. Moi, je coucherai sur la descente de lit, j’ai l’habitude, avec seulement le couvre lit qui est épais pour me couvrir. Ainsi, aucune trace d’un second lit. Je connais un couple d’amis qui s’est fait prendre parce qu’ils portaient trop de draps à la laverie. Plein de gens vont nous soupçonner. On met nos vêtements dans le même placard, dehors, on se tient la main, on mélange nos brosses à dents dans la salle de bain. Il faut que nous ayons l’apparence d’un vrai couple ».</p>
<p>Effectivement, comme il l’avait prévu, les pièges n’ont pas tardé à nous tomber dessus. D’abord, il y a eu ce flic qui a sonné à huit heures un dimanche matin et qui, embarrassé, cherchait une excuse pour fouiner chez nous. Jean-René est un malin. Il n’attendait personne à cette heure. Alors, avant d’aller ouvrir, il avait laissé la porte de la chambre ouverte, avait  dévasté le lit et jeté un soutien gorge et une culotte à moi sur le divan du salon. Il m’a même semblé qu’il rougissait en les enlevant subrepticement sous les yeux du policier. Après, il y eut plusieurs convocations au commissariat de l’un de nous deux, ou de tous les deux ensemble, comme pour nous prendre en défaut.  Des questions qui revenaient, posées de façon différente, sur notre intimité. Des membres de sa famille interrogés. Mais il y avait aussi certains voisins qui nous regardaient avec suspicion. A moins que nous ne soyons devenus paranoïaques… Il y eut cependant, et là pas de paranoïa, quelques amis qui ne virent plus Jean-René. Qui n’étaient jamais libres quand on les invitait. Il y eut aussi quelques remarques dans l’ascenseur. Il en a bavé, mon copain.</p>
<p>Pourtant, jamais une marque de découragement, jamais de colère, jamais une tentative pour obtenir une marque de tendresse de ma part. Certains soirs, je crois que c’est moi qui aurais aimé… Mais quand il me sentait un peu langoureuse, c’est lui qui disait non « parce que je n’ai plus l’âge, disait-il, parce que ta vie est devant toi, parce que quand je t’ai proposé cela, je n’ai jamais pensé à profiter de toi ». Moi je lui répondais « que ça ne l’engageait pas. Qu’un moment de tendresse, de plaisir, ça  ne changerait rien, qu’on ne savait pas de quoi demain serait fait. Qu’il n’était pas si vieux. Que je n’étais pas si jeune ».</p>
<p>Il ne céda qu’un soir.</p>
<p>Il revenait d’une nouvelle convocation au commissariat.</p>
<p>« Des menaces, des menaces, ils ont osé. Jusqu’à maintenant je n’en voulais pas aux flics qui ne faisaient que leur travail. Mais celui-ci, il y prenait du plaisir. Je te jure du plaisir. Il puait l’extrême droite. Je n’aurais pas aimé le rencontrer dans les années quarante. Il m’a dit qu’il ne me croyait pas, qu’il nous aurait. Qu’il n’aimait pas les cocos. Et encore moins ces putes venues de l’est. Je sentais que si moi aussi je devenais violent, nous en subirions tous les deux les conséquences. Toi surtout. Toutes ces questions intimes dans lesquelles il se délectait. Des questions sur ton corps. Et son copain qui ne disait rien. Impossible de savoir ce qu’il pensait ».</p>
<p>Il ne me dit pas qu’il était découragé, mais ce fut la seule fois de notre vie commune, où tout en lui le montrait. Il pleurait. Ca fait bizarre de voir un homme pleurer. C’était la première fois pour moi, pourtant j’en ai vu des gars perdus pendant mes errances. Alors je l’ai pris dans mes bras, comme l’aurait fait sa mère, et je l’ai simplement bercé d’un mouvement lent d’avant en arrière, un peu comme font les autistes qui se balancent. Et ce balancement le calma.  Ses spasmes s’espacèrent. Et puis, mais est-ce lui, ou est-ce moi, qui fit un mouvement ? Nos lèvres s’effleurèrent doucement, très doucement. Cela dura un temps dont je suis incapable de donner la durée. Sa bouche avait un goût de sel. S’il avait voulu, je ne lui aurais rien refusé. Mais il se contenta de me tenir dans ses bras. Et je me sentais bien. Totalement en sécurité. Je le lui dis. Il retrouva son sourire.</p>
<p>Ce fut notre seul contact charnel.</p>
<p>Je continuais à travailler. Le concierge de l’hôtel me félicita. Lui seul, au travail, eut connaissance de mon mariage. Je crois que je serais restée des années ainsi, vivant chez Jean –René, mon ami, mon pote, mon frangin…</p>
<p> </p>
<p align="center"><strong>ÊÊÊ</strong><strong></strong></p>
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<p><strong>Concierge à l’hôtel du petit dauphin</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Elle est arrivée en larmes un soir où elle ne travaillait pas. Elle devait être mariée depuis trois ans.</p>
<p>Elle m’a demandé si j’avais une chambre.</p>
<p>Je lui ai tendu des clefs et un verre de cognac. Et comme mon regard l’interrogeait, elle m’a dit « plus tard ».</p>
<p>Le lendemain elle travailla normalement. Le soir, elle coucha à nouveau à l’hôtel, mais quand j’arrivais pour faire ma nuit, elle me demanda si je pouvais la dépanner. N’importe quoi, une chambre, un appartement pas cher, un meublé. Et comme je lui servais à nouveau un cognac, elle me raconta.</p>
<p>« Tu te rends compte, il voulait partir, me laisser son appartement. Alors c’est moi qui suis partie. Il m’a tout donné. Son nom, la nationalité française, ma liberté, et il voulait en plus me laisser son appartement ».</p>
<p>Comme elle voyait que je ne comprenais pas, elle précisa.</p>
<p>« Ben oui, tu n’as pas compris que c’était un mariage blanc ? Seulement moi, j’avais fini par m’habituer à vivre avec Jean-René. J’avais oublié ce qu’il m’avait annoncé au début. J’étais bien avec lui. J’espérais toujours un peu que notre relation se transformerait. Je ne l’aimais pas comme on aime un amant, un époux, mais je l’aimais comme un ami avec qui j’aurais pu facilement franchir le pas. Il m’avait toujours dit. « Trois ans, il faut rester ensemble trois ans, pour que ça ne paraisse pas louche, après tu t’envoleras à nouveau ».  Seulement on s’habitue. Le temps passe. Je n’avais pas d’autres désirs. Et puis avant-hier, il est revenu sur le sujet, mais cette fois, c’était pour conclure. Il avait respecté ses promesses ».</p>
<p>Elle n’était pas brillante ma Mariekke. Je ne savais pas trop quoi lui dire. Un peu comme dans les enterrements. Les mots sont trop faibles. Alors on balbutie, on a envie de prendre le bras, la main, parce qu’un geste, c’est chaud et que ça remplace plein de mots. C’est ce que j’ai fait. J’ai posé ma main sur la sienne et ai souri, tristement. Alors elle a repris.</p>
<p>« Il m’a dit exactement ceci, ses paroles sont restées incrustées dans ma tête. « Je suis allé chez un avocat. Je lui ai dit que c’était moi qui partais, que vieux célibataire endurci, j’avais cru pouvoir tenter l’expérience du mariage, mais que je m’apercevais que je ne supportais pas la vie commune. Tout se fera très vite. Tu verras. Et puis tu pourras repartir d’un bon pied, maintenant que tu es française. Non, ne dis rien, demain matin, je pars loger chez un ami ». Et j’ai eu beau le supplier, lui dire que l’on était bien tous les deux, que l’on pouvait même faire couche commune, que j’en avais envie, il est resté de marbre même si je le soupçonne d’être resté froid pour me faciliter notre séparation. Il a argué de notre différence d’âge, m’a dit que dans vingt ans, lui serait mort, ou alors un vieillard, un poids, alors que moi j’aurais encore de belles années… Il a parlé, parlé, je ne l’entendais plus. Finalement, il m’a dit préférer partir le soir même, alors j’ai pris un sac et je me suis sauvée en courant pour arriver ici ».</p>
<p>Je ne m’étais jamais douté de ce mariage blanc. Moi je crois ce que je vois sans chercher plus loin. Pauvre Mariekke. Je lui trouverai un studio plus proche de l’hôtel que sa lointaine banlieue. Elle oubliera. Et puis, si elle avait enfin trouvé quelqu’un  en qui avoir confiance avec ce Jean-René, un mec bien apparemment, je sais bien qu’elle ne l’aimait pas d’amour. Moi, même si je ne suis pas une brute, je crois que j’aurais profité de la situation. Alors Chapeau, Jean-René.  Parce que moi, côté amour, c’est le calme plat.</p>
<p>Il faut dire qu’avec mon travail de nuit, difficile de construire  quelque chose. Alors ça cloche toujours. Ca ne dure que le temps d’une aventure. Je pourrais changer de métier me disent mes amis. Mais depuis si longtemps j’ai ce rythme dans la peau. Et puis j’aime la nuit. Je ne pourrai plus maintenant vivre sur un rythme diurne. Bien sur il y a des occasions ici même, ou alors au petit matin quand je rentre chez moi et que je m’arrête pour boire un petit noir. Des femmes de la nuit, comme moi.  Mais j’en ai de moins en moins envie. L’âge ? La lassitude ? Je me dis maintenant que le temps est passé. Quand on me demande si je suis heureux, je réponds que je ne suis pas malheureux. C’est vrai. J’ai de quoi vivre, un métier pas trop, trop fatiguant, mon petit rythme, mes habitudes surtout, et, comme je dors de moins en moins, plein de temps libre. Mais où sont mes rêves d’antan ? J’avais pris ce métier pour quelques mois, pour quelques années, quand j’étais étudiant. Et puis, le temps a filé. Pourquoi poursuivre des études, quand à vingt ans, on a un salaire convenable et toutes ses journées pour soi. J’ai toujours choisi la facilité.</p>
<p>J’avais tout le temps de vivre mes passions. Les amoureuses et les hobbiques. Mais je suis un être versatile. Les amours ont passé. Les hobbies aussi. Les uns chassaient les autres. L’espace entre deux passions est devenu plus grand, je me suis endormi. Mes nuits de veille passionnée, plongées dans un livre dés que j’avais quelques minutes de tranquillité, se passent aujourd’hui devant un mini poste de télévision caché sous le bureau, dont je baisse rapidement le son quand arrive un client tardif.</p>
<p>Des filles vivantes, comme Mariekke, me réveillent de ma léthargie. Etre malheureux ? Pourquoi pas ? C’est vivre aussi. Elle s’en sortira. En elle, elle  a de quoi rebondir. Et puis elle a vécu des choses autrement plus difficiles. Moi je ne suis pas malheureux, mais je ne vis pas vraiment. Comme tant de gens qui dorment, travaillent, dorment, regardent la télévision, mangent, travaillent, dur… Mais qu’est-ce qui me prend ce soir, à broyer ma vie, à la dépeindre toute en noir.</p>
<p>Finissons sur une note amusante. Que diable, j’ai des occasions de sourire dans mon métier. Ce prêtre tiré à quatre épingles qui venait régulièrement voir une dame dans la chambre sept… Ca faisait des années qu’il n’était pas revenu… Gêné comme pas un, il était… Très nature hier… Jusqu’à ce que je lui redise « bonjour mon père ». Il a fait demi-tour et a filé…  Quand une petite dame est entrée, cinq minutes plus tard, mignonne et tout… Une jeunette, avec plein de rondeurs, -tiens, je ne suis pas si vieux que ça… Elle m’a fait de l’effet, dirait-on…-, je n’ai pu que lui dire que le père ne l’avait pas attendue….</p>
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<p><strong>Le père Montbel de la Versalière</strong></p>
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<p>J’étais heureux ce matin. J’avais rendez-vous avec cette petite. Je ne pensais pas que ce type m’aurait reconnu après tout ce temps. Sale type, qui se croit amusant ! Mais ce n’est pas grave. Avec elle, ce n’est que partie remise. Je crois que mon état la trouble… Le goût du péché… Qui a dit que si dieu et le diable n’existaient pas, il faudrait les créer pour pimenter la vie. Une vie sans péché manque vraiment de sel. Parfois je me dis que j’ai vraiment bien fait de choisir cette voie que certains méprisent. A moi une carrière agréable et point trop fatigante, à moi bientôt le confort des palais épiscopaux, à moi la sécurité de l’emploi, à moi le respect des laïcs, à moi surtout les belles pénitentes. Vous ne pouvez pas imaginer le prestige de la soutane ou du costume de clergyman, l’attirance de certaines femmes pour l’interdit…  Mais surtout, pas de faux pas.  </p>
<p>Demain, je pars pour Rome pour un travail de secrétaire à la curie. Je suis aux portes de la réussite. Proche des lieux où les décisions sont prises. Je me donne quatre ans pour la mitre, et huit pour le camail rouge… Ne pas se tromper d’alliance. C’est tellement un rude combat, à ce qu’il parait, dans la ville sainte. Ce n’est plus la Rome des empereurs décadents, ni la Florence des Médicis, il n’y a plus de poison, ni de coups de dague, pourtant les clans se déchirent et il  faut se garder de ses amis. Le pape ? Il navigue entre les positions de chacun. On ne sait même pas s’il a toujours conscience de tout ce qui se trame, des influences qu’il subit, des mensonges de chacun. Mais moi, cela  me va bien. Du moins, cela  m’ira parfaitement, car jusqu’à maintenant, à Lyon, je n’ai connu ce machiavélisme  que très atténué. J’en jouis par avance.</p>
<p>Et puis Rome, c’est la ville de l’amour. Je me suis laissé dire que les plus beaux bordels italiens voisinaient avec le Vatican. Que la débauche était à deux pas de la sainteté. Je me demande même, si certains de mes collègues, dans les pièces immenses du palais pontifical, dans ses couloirs sans fin, dans une antichambre secrète… Mais je rêve… J’ai lu trop de livres légers, ou de charme, comme l’on dit… Comme c’est bien dit pour parler d’érotisme, voire de pornographie… Ils auront attisé mes fantasmes.</p>
<p>Et puis il y aura les rues italiennes, le charme de ses  femmes…. Leurs voix chantantes et rauques parfois. De ces voix qui appellent au plaisir. Je revois un premier voyage dans cette ville merveilleuse où toutes les époques se mêlent, où tous les plaisirs sont possibles, il suffit de sauvegarder les apparences. J’étais alors séminariste. C’était à la fois un voyage d’étude dont le sujet était l’organisation temporelle du Vatican, un voyage de fin de cycle –après, nous devions nous séparer, être envoyé chacun en mission-, et un pèlerinage religieux. Je me rappelle la difficulté à lâcher mes camarades pour vivre  chacune de mes aventures, l’excuse de la vieille tante… Plausible après tout… Enfin pour moi. Mon premier rendez-vous du séjour, une  nuit, devant la fontaine de Trevi avec cette superbe femme au blond vénitien, ce petit hôtel derrière la place Navonne. La lune sous un buisson sur le Circus Maximus avec cette fille qui se vendait aux alentours du Colysée. Quelques lires avaient suffi, j’avais marchandé et argumenté ferme ; ma pauvreté d’étudiant. Je n’avais pas trop insisté sur ma condition de séminariste, ne sachant pas comment une prostituée italienne dont le cou était orné d’une croix, prendrait la chose. Si j’avais su… Je n’ai pas pu m’empêcher de rire, quand, ayant fini ce que nous avions à faire, elle m’a demandé de la bénir. « Benedici mi, il mio piccolo parroco bella ».</p>
<p>Enfin, mais oserais-je le dire, il y avait eu cet être au sexe indéterminé au pied de la Roche tarpéienne. Pour une fois, je n’ai rien dominé de la situation. J’ai suivi cet être androgyne parce que tout son corps, parce que son regard m’avaient troublé, parce que je sentais que j’allais vivre quelque chose que je n’avais encore jamais vécu. Et mon cœur tapait à tout rompre. Il avait l’un de ses profils qui était masculin. Cheveux courts, les traits mâles, sans doute à cause du maquillage fellinien. Quand il se tournait, son second profil était féminin. Cheveux longs, avec des traits très doux. « Si sceglie,  o si desidera un mix di mia donazione? ».  Je me suis laissé faire. Et j’ai vécu une expérience sans comparaison aucune avec mes autres aventures. Pourtant, à la fin, pour la première fois de ma vie, j’étais dégouté de moi  même. Sans doute étais-je encore trop jeune pour vivre ce genre de relation. Mais avec ce second séjour…</p>
<p>J’ai hâte de quitter Lyon. Peut-être ai-je été imprudent parfois ? Suis-je devenu paranoïaque ? Pourtant ce type hier, au volant de sa superbe voiture, stationnée devant le petit café où j’attendais Marie-Hélène… Je suis certain qu’il me regardait d’un œil ironique. Moi, je n’en ai aucun souvenir. Oui, il est temps que je quitte cette ville. Il est tellement plus facile de vivre incognito dans une ville comme Rome.</p>
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